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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 08:00
 

aeroport-may.jpg

 

Cette nouvelle est un retour à une écriture que j'espère «plus envolée». Il faudra être indulgent, je crois que j'ai perdu pas mal en créativité depuis quelques années en rédigeant des articles dans un pur style journalistique. Ces lignes relatent un épisode relativement romancé de ma vie personnelle, avec le début de mon séjour à Mayotte, à 18 ans. En général, quand l'on me pose la question sur le service militaire, je dis que j'ai effectué une bonne partie de celui-ci à la Réunion, ce qui dans les faits, est inexact, puisque je n'ai passé qu'un mois en tout sur cette île (en stage d'initiation commando qui m'a enchanté ), et le reste du temps à Mayotte. Bonne lecture ...

 

 

Dzaoudzi-pamantzi sur «petite terre», Mayotte, début octobre 1993.

 

Notre boîte de conserve volante, un vieux C-160 Transall, vient de poser ses ailes sur le sol de Mayotte. Tout au long du trajet qui nous menait de la Réunion à cet endroit, il était quasiment impossible de bavarder à l'épicentre d'un concert inquiétant de carlingue et de moteurs. On nous avait prévenus : ce coucou est un avion militaire de transport de troupes, il n'est pas conçu pour être confortable. Pour parfaire le tableau, le froid s'engouffrait à travers certaines parties de l'armature de l'appareil et nous engourdissait les membres. Ce bimoteur était immensément grand, ses entrailles s'étalaient sur une bonne cinquantaine de mètres, pour un peu moins d'une dizaine de hauteur.

Sur les deux longueurs de la soute, deux lignées de bancs réservés aux passagers s'étiraient jusqu'au niveau d'une porte accessible par un escalier et menant à la cabine de pilotage.

Quelques jours avant le départ, nous avons été soumis à six piqûres simultanées destinées à nous prémunir de maladies infectieuses comme le paludisme ou la malaria. Injectées directement par le biais d'une bague dans les fesses, ces six produits formaient apparemment un mélange explosif pour l'arrière train de certains d'entre nous, qui grimaçaient aux moindres soubresauts de leur siège.

 

Pour sortir de ce transporteur, nous attendons impatiemment que sa seule porte de sortie, un rideau d'acier situé à sa queue, veuille bien s'ouvrir. Chacun d'entre nous se défait de son harnais avec soulagement. Personnellement, je suis épuisé physiquement par ce périple de plus de 10 heures, entrecoupé par une halte à Djibouti. J'ai «18 piges» et je n'ai absolument aucune idée de ce qui m'attend derrière cette grande porte. Elle finit par se déployer dans des gémissements métalliques stridents, encore des bruits grinçants qui nous irritent les tympans. «Ca y'est. J'y suis. J'y passerai quatre mois, sans possibilités de retour en métropole, loin de ma famille, des mes amis, noël et nouvel an compris. Je ne pars pas au feu, mais quand même...» Ce sont les toutes premières réflexions qui germent dans mon esprit. Ce déracinement est dur à admettre, alors je pousse un soupir, et ma salive glisse très lentement dans ma gorge nouée. Lorsque mes semelles de rangers touchent le sol, je ne distingue pas grand chose. La chaleur ambiante est telle qu'au bout de quelques minutes, je sens la toute première goutte de sueur qui pousse instantanément sur mon front et termine sa course sur ma chemise froissée.

 

Autour de moi, c'est le flou artistique sableux. Les deux turbopropulseurs du bimoteur ralentissent, certes, mais ils projètent encore du sable brûlant qui fouette mon cou et gêne horriblement va vision. Lorsque ces hélices deviennent complètement muettes, je découvre un vaste no man's land cerné de grillages surmontés de barbelés : un terrain militaire. Au delà de ces clôtures, très peu ou pas de végétation. Un brouillard aride stagne jusqu'à la moitié de nos genoux, je n'ai jamais vu cela auparavant de toute ma jeunesse.

 

Nous sommes une bonne soixantaine à débarquer. Les sous-officiers sont sortis les premiers et nous les rejoignons. Chaque gradé rassemble la grappe d'hommes qu'il a sous ses ordres et procède à l'appel à l'aide d'un listing. Il nous est ensuite intimé l'ordre de former une vaste chaine humaine pour débarquer le matériel et nos paquetages, entreposés au fond de l'avion. Le ballet incessant des sacs débute, avec son lots de grimaces, de rires et d'agacements. La tension et la fatigue se lisent sur les visages. Durant ces interminables minutes, j'observe à une cinquantaine de mètres un groupe de jeunes enfants noirs qui s'agrippent au grillage et le font trembler pour capter notre attention. Ces bambins sont pieds nus, habillés très sommairement de shorts et de vieux maillots de corps dont les trous ne se comptent plus. Ils nous regardent tantôt comme des clowns en souriant à pleines dents, tantôt comme des martiens en écarquillant les yeux. J'ai bien envie d'aller les voir, de leur demander comment ils vont et comment se passe le quotidien ici... Malheureusement, ce geste me vaudrait sûrement une réprimande de mes supérieurs-qui pour l'immense majorité, ne sont pas vraiment conciliants-alors je relègue cette pensée au panthéon des songes.

 

Au loin, surprise, je devine des maisons qui me semblent être en torchis !

Suis-je au cœur même de l'Afrique ?. Je me demande si nous sommes bien dans un territoire français. Des bus nous attendent depuis déjà pas mal de temps et nous chargeons nos affaires. «Le timing» est en effet serré, un détachement de notre régiment, logée dans le DLEM (Détachement de la Légion Etrangère à Mayotte) attend notre relève. J'appréhende vraiment le moment fatidique de l'entrée dans le DLEM, ma crainte majeure étant de me retrouver coincé dans un repère infernal de têtes brûlées sans y être vraiment préparé mentalement...

 

 

La suite prochainement...

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Published by gestiondevie.over-blog.com - dans Sur moi-ce blog
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commentaires

witney18 11/11/2011 11:31


voila une belle evasion pour toi et du coup pour nous, merci du recit et bonne journée, bises


gestiondevie.over-blog.com 11/11/2011 13:48



Coucou Witney,


oui, une belle évasion, c'est tout à fait ça... En intro, j'affirme que ce récit est relativement "romancé", il y a 80% de vrai dans ce que je raconte.


bisous


alexandre


 



khanel3 09/11/2011 19:33


article très instructif !
allez pour te faire plaisir je m'inscris à la newletters ! pourtant je n'aime pas ca !
bonne soirée


gestiondevie.over-blog.com 09/11/2011 22:15



Coucou Khanel,


heureux que cet article te plaise.


bonne soirée



Annie 09/11/2011 09:33


J'aime à penser que, étant femme, j'ai échappé au service militaire...
A-t-on "le droit" de raconter ce qui se passe dans l'armée? Vas-tu donner des "détails"?


gestiondevie.over-blog.com 09/11/2011 10:09



Coucou Annie,


A la limite, je pourrais tout dire, il y a prescription. D'autant qu'à ma connaissance, nous n'avons signé aucune charte de confidentialité


Cependant, je vais me contenter de deux épisodes relatant mon arrivée.


bisous


alexandre


 



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