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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 12:55

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Les routes rocailleuses et sinueuses que nous traversons pour nous rendre au DLEM sont parsemées de petits villages dont les maisons sont toutes recouvertes de boue séchée ou d'autres substances naturelles du même acabit. Les couleurs de toutes ces baraques sont horriblement fanées, et tous les autres bâtiments autour d'eux présentent la même carence de luminosité. Ce soleil ardent est un bourreau pour les velléités d'éclat de ces édifices !

Les distances qui séparent ces groupes d'habitations nous interpellent. Nous croisons très peu de voitures entre plaines arides et petites forêts luxuriantes qui séparent un village d'un autre. Comment font tous ces gens pour aller chercher des produits de première nécessité ?

Ils marchent comme les tout premiers hommes le faisaient pour passer d'un continent à un autre, ce sont des prouesses physiques extraordinaires qui en disent long sur leurs conditions de vie. Partout où nous passons, une foule bigarrée nous salue plus ou moins expressivement. Ici, c'est un type qui suspend la réparation d'un panier en osier pour nous saluer de la main, là un autre qui nous applaudit à tout rompre alors qu'il n y absolument aucune raison valable pour le faire. Mais parmi les réactions des autochtones, ce qui me surprend le plus est la réaction des enfants qui courent après nos bus comme si nous étions des héros. Cette ferveur populaire totalement inattendue nous remonte un moral chancelant et nous maintient éveillés. A quelques kilomètres seulement de notre futur lieu de résidence, notre stupéfaction est à son comble.

 

L'artère principale que nous empruntons est d'une beauté à couper le souffle. A la vue de ce spectacle, tout le monde s'est levé de son siège. Jusqu'ici, nous n'avions pas vu la mer, cette eau turquoise d'un calme olympien et d'une pureté incomparable. A droite comme à gauche de notre car, elle n'était distante que de quelques mètres. Ils nous suffisait simplement de franchir un morceau de trottoir, puis un muret, et enfin, quelques rochers noirs pour l'approcher au plus près. Cette avenue faisait environ deux ou trois kilomètres. En fin de course, elle était surmontée d'un python rocheux sur lequel campait une sorte de forteresse : les infrastructures du DLEM.

 

Tout au bout de cette route, notre car, premier de la file, entame un grand virage à gauche et se gare en catastrophe à une cinquantaine de mètre de l'entrée du complexe militaire, juste à côté d'un terrain vague. L'autobus qui suit l'imite tant bien que mal. Terminus, tout le monde descend !

Une pause est accordée, elle vient à pic. Alors que je suis en train d'étancher ma soif avec ma gourde, j'intercepte une discussion entre notre lieutenant et ses cinq sous-officiers. Le débat porte sur la forme que prendra notre passage du poste de garde. Un sous-officier propose que nous arrivions avec les cars dans l'enceinte pour faciliter le déchargement de nos affaires. Les quatre autres sont partagés entre l'envie de nous soulager d'un fardeau supplémentaire et l'ineffable honte de passer pour «des moins que rien». Le dernier mot reviendra à l'officier : pas question d'arriver dépenaillés devant des légionnaires, et encore moins de passer le poste de garde en bus, nous irons chercher nos sacs après sa prise de contact avec un supérieur de la légion.

 

Les tenues sont rectifiées, les rangers cirées, et malheureusement pas un seul vendeur à la sauvette dans les parages pour nous vendre du fond de teint ou des crèmes antirides (zut ! ). En colonne par cinq et au pas, nous nous préparons à faire une entrée on ne peut plus martiale au DLEM, tout en chantant «la petite piste», un chant militaire que nous avons appris par cœur quelques semaines auparavant. L'entrée de cet établissement militaire s'effectue deux murs d'une blancheur rare sur l'île, et en arrière plan, l'on devine des escaliers d'une envergure qui m'évoque celle des monuments aztèques. Un seul garde veille aux entrées et sorties en soulevant une barrière, il est coiffé du képi blanc et porte une arme en bandoulière sur le torse. La façade de droite est flanquée d'une flamme verte en fer forgé resplendissante, symbole de la légion, sous laquelle est inscrite une devise du même métal «legio patria nostra» (la légion pour patrie). Plus je me rapproche de l'enceinte, et plus cette devise résonne dans ma tête. Et plus j'avance, plus le chant me paraît s'amplifier.

 

 

Epilogue


Contrairement à ma crainte initiale, je n'ai jamais connu aucun problème avec des légionnaires. Des problèmes plus ou moins corsés, j'en ai eu quelques uns (j'ai notamment perdu 300 francs suite à une soirée arrosée), mais jamais avec des légionnaires, alors même que plusieurs d'entre eux étaient des instructeurs particulièrement rigoureux. Je me souviens surtout de la dominance d'accents des pays de l'est dans leur régiment et de ce regard différent qu'ils portaient sur le monde. Durant ces trois mois, nous avons participé à des actions humanitaires, et le reste du temps, nous nous sommes chargés de la sécurité et de l'entretien des infrastructures militaires.

 

J'étais loin de me douter que quelques années plus tard après mon volontariat au service long, ma détresse matérielle atteindrait un tel paroxysme que de travailler pour une agence de mercenariat spécialisée en barbouzeries africaines deviendrait envisageable. Si j'étais passé à l'acte, là, effectivement, j'aurais peut être été «une tête brulée» !

 

On peut dire ce que l'on veut sur l'armée française, mais en ce qui me concerne, je sais ce qu'elle m'a apportée pour «la vie civile» : une ouverture sur le monde, une certaine rigueur dans le travail, mais surtout, le goût de l'effort.

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commentaires

witney18 16/11/2011 09:24


merci pour cve récit, la plage est belle ! bonne journée


gestiondevie.over-blog.com 16/11/2011 12:57



Coucou Witney,


de rien pour le récit. Bonne journée à toi également !


bisous


 



khanel3 12/11/2011 17:41


que de lectures ! tu nous gates avec tes textes !


gestiondevie.over-blog.com 12/11/2011 19:37



Coucou Khanel,


Heureux que le texte te plaise. Cependant, cela n'est pas du Baudelaire... Enfin, faire plus court est indispensable sur le net, je vais travailler à ça aussi  


bisous et bonne soirée


alexandre


 



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