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Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir sur ce blog Carine Hernandez, psychologue psychotérapeute. Carine fait partie de mes contacts Facebook, j’apprécie beaucoup sa personnalité, mais aussi ses posts qui ne parlent pas que de psychologie !


 

Bonjour Carine, la première question que j’ai envie de te poser, c’est de savoir si tu as toujours rêvé d’être psychologue psychothérapeute ? Qu’est ce qui t’a vraiment donné envie d’exercer cette profession ? Depuis quand exerces-tu ?


 

Je n’ai pas toujours rêvé d'être psychologue, par contre je pense que c'était une évidence car dès le collège naturellement on venait se confier à moi très régulièrement. J’étais portée à l’être!

Mon parcours s'est concrétisé au lycée où j’ai commencé à m’intéresser en première à la philosophie et à la psychologie.

Une fois inscrite à la faculté, j étais confortée dans ce choix et dès ma licence je savais que je serais psychologue et en libéral !

J’ai pousuivi une formation continue et permanente afin de répondre à diverses problématiques, formations que je poursuis encore pluri-annuellement afin de m'ouvrir et surtout rester passionnée, enthousiaste à exercer.


 


Je t’en avais parlé sur Messenger...J’envisageais un article soit sur le burn-out, soit sur la dépression...Des sujets assez «lourds», vastes et complexes, aussi je ne me focaliserai que sur le burn-out. Outre les symptômes sur lesquels nous reviendrons, est ce que tu trouves qu’il y a une aggravation de ces pathologies dans ta patientèle ?


 

Oui, ces 10 dernières années, voire 5 dernières, j’observe une souffrance au travail importante, avec des exigences au travail qui s’accroissent et des patients qui n'arrivent pas à mettre des limites, dire non soit par perfectionnisme soit par peur aussi de perdre la reconnaissance au travail ou inquiets quand à leur avenir.


 

Existerait-il «un gène» du burn-out qui se transmettrait de génération en génération, comme certains l’affirment pour la dépression ?


 

Non, à ma connaissance pas de gènes du burn out, le burn out est un épuisement des ressources, ce n’est pas une pathologie mentale, c est un trop plein, un cumul de stress.

Mais peut être que certains individus sont plus prédisposés au burn out que d'autres de part leur perfectionnisme, difficultés à déléguer ou anxiété.

D'autres raisons peuvent être une porte d'entrée : une incongruence entre ses valeurs et celles de son entreprise, un cumul de souffrance, de fatigue mentale chez certains soignants, la pression des salariés, c’est l'une des raisons les plus évoquée actuellement...

Avant l’épuisement professionnel la personne a eu des signaux d’ alerte.

Cela commence par des agents stressants, c'est la phase d'alerte... mais si cet état perdure, se prolonge , l’état de tension va se majorer avec l'apparition de multiples symptômes qui touchent : la sphère cardiovasculaire, digestive, affective, comportementale.

Tous ses symptômes dès leur apparition devraient alerter pour prendre soin de soi, s'occuper d'écouter ce que nous vivons, nos émotions, nos besoins et trouver des personnes ressources.

Thérapeute, ostéopathe, médecin chinois, ou renforcer ses ressources seul par des techniques comme la méditation,la sophrologie, la cohérence cardiaque, le yoga, des activités plaisantes, récréatives afin de capitaliser du positif .

Comme notre corps physique a besoin de calories qu'il trouve dans les aliments, notre corps mental et émotionnel a besoin de calories affectives qu'il trouve dans les signes de reconnaissance au travail, le partage, le soutien entre collègues, une communication claire et bienveillante au sein de l'entreprise, du sens à donner à ses actions, des objectifs réalistes et réalisables.


 

Comment identifier précisément, dans les entreprises ou son entourage, des gens qui seraient susceptibles d’être affectés par le burn-out? Autrement dit, quels sont les signes précurseurs et les symptômes ?


 

Les signes précurseurs sont les signes initiaux que nous ressentons tous quand nous subissons un stress, palpitations, accélération cardiaque, mains moites, chaleur....


 

Puis dans la phase de résistance les symptômes deviennent plus importants voire s'aggravent lors de la phase d épuisement.

Les symptômes de l’épuisement professionnel sont les suivants:


 

Symptômes physiques

- Fatigue persistante

- Trouble du sommeil, repos non récupérateur

- Somatisations

- Problèmes articulaires, musculaires , troubles digestifs

- Perte ou augmentation du poids


 

Symptômes psychologiques

Anxiété, boule au ventre , nausées

Irritabilité : les patients disent "je ne supporte plus rien", pleurs ou apathie émotionnelle.

Perte de confiance en soi, sentiment d'échec, démotivation, perte de sens.

Problèmes de concentration, de mémorisation, manque d’efficacité, oublis, retards.


 

Pour répondre à ta question des repères...Un salarié qui change de comportement , tout d'un coup , se dit fatigué, las, omet régulièrement des consignes, ne se souvient pas de ce qui lui a été dit, qui perd confiance en lui, qui n'est plus motivé, dont l'efficacité n'est plus la même.

ou à l'inverse un salarié qui contrôle tout, n'arrive pas a déléguer, se plaint beaucoup sans s'appuyer sur les autres, qui cherche le perfectionnisme est susceptible d être plus à risque.

Mais également celui que tout va stresser, qui va s’angoisser pour une toute petite tâche, se laisse facilement déborder, se noie dans une goutte d'eau nécessite de rester vigilant.

C'est l’accumulation du stress qui va générer le burn out, mais encore une fois chaque individu est unique et a son propre seuil de tolérance.

Il faut différencier le stress qui fait partie de nos vies à tous, la souffrance au travail, et le burn-out qui est une notion actuellement énormément vulgarisée.


Malheureusement souvent l'entourage le perçoit, alerte mais le principal concerné agit comme une personne ivre, bourrée qui ne sait pas qu'elle l’est!!

La réalité c’est juste que la personne n'est pas suffisamment connectée à ses émotions et besoins pour prendre conscience du mal qui la ronge.

J’accompagne des patients au profil à risque, je leur exprime mes observations mais les plus perfectionnistes ont du mal à accepter de se sentir vulnérables, plus fragiles et s’accorder des permissions.

Moins faire, se reposer, limiter des heures....est inenvisageable tant que le corps n’a pas dit stop!!

Il serait souhaitable de s’interroger au sein des entreprises pour établir des programmes de prévention et aider, soutenir les salariés à risques.

Les personnes concernées ne sont pas toujours conscientes de leur surengagement professionnel, de leur vulnérabilité.

La peur de mal faire va augmenter la suractivité, et le cercle vicieux démarre, les doutes, les vérifications, plus de temps passé au travail, une difficulté à se déconnecter le soir, le week-end....

Généralement, quand ils viennent consulter, c’est en phase d’épuisement où le capital ressource est totalement épuisé.



 

Quel regard porte-tu sur la politique managériale dans le secteur privé ou public par rapport à ces pathologies ?


 

Je ne porterai aucun jugement ni sur le privé, ni sur le public. Je répéterai ce que j'ai dit plus haut à savoir la nécessité de renforcer de la prévention.

Ce n est pas un problème individuel!

C'est un problème de société, notre société engendre le burn out par sa quête du de plus en plus vite, de plus en plus et avec ses messages contraignants. «Fais vite», «Fais un effort», «Sois parfait», «Fais plaisir», qui contraignent à la performance.

Et les salariés qui ont des difficultés à dire non, stop, à poser des limites, les plus dévoués vont en pâtir.


 


 

Combien de temps peut durer un burn-out et quelle est la différence fondamentale avec la dépression ?


 

La durée ne peut être limitée ou délimitée. Tout dépend à quel moment le patient consulte ou réalise sa détresse, son mal être.

Plus il consulte tôt, plus vite sera enrayée la souffrance et le renforcement des ressources sera rapide.

A l'inverse si le patient consulte au bout de plusieurs longs mois voire années, cela nécessite d’agir sur la globalité de la personne car les conséquences sont autres.

Cela peut durer entre 6 mois et plusieurs années pour répondre approximativement.

Les symptômes du burn out sont très proches voire communs à la dépression.

Une personne peut souffrir de burn out et être en dépression simultanément.

La principale différence est dans la conscience du trouble.La personne souffrant de dépression reconnait sa souffrance et s'en plaint.

Le futur burn out est plutôt dans l hyperactivité, alors que nous ne retrouvons pas ce symptôme dans la dépression classique.

Le burn out est principalement lié au travail même si par la suite il impacte sur d’autres domaines.

Le burn out, c’est quand on a poussé ses 3 corps physique, mental, émotionnel à bout.

La dépression est plus générale, elle touche diverses sphères de la vie : famille, social, activités et a des causes multiples.

Elle peut être réactionnelle, post traumatique, saisonnière, post partum, bipolaire....et n est pas réservé au domaine travail.


 

Comment «se traite» le burn-out ?


 

Il se traite en première instance quand le patient le reconnaît, accepte le diagnostic, et le repos ou quand il prend conscience de sa souffrance et agit, qu’il cherche des adaptations pour améliorer la situation. Ensuite cela nécessite d’interroger le fonctionnement global de la personne au travail sachant que l‘on va éventuellement retrouver des traits de caractère dans sa vie personnelle.


 

Personnellement j'accompagne en emdr ou en psychoénergie intégrative, la plupart du temps je travaille sur les situations de stress, de souffrance...Mais je renforce les ressources internes et je coache en approche holistique pour redéfinir ses priorités et apprendre à poser des limites.

Chez certains ce sera un travail d’affirmation de soi pour apprendre à dire non.

Chez d'autres ce sera comprendre le contexte dans lequel s’est créé «le sois parfait».

Chez d'autres encore le travail s effectuera sur l'anxiété, l’angoisse.

Il y a autant de thérapies qu'il n’y a de patients.

Je travaille exclusivement en thérapie individualisée et personnalisée.


 

Bifurquons sur une question un peu plus personnelle...A travers tes posts, je perçois une dimension très humaine. N’y-a-t-il pas des moments où tu ressens une certaine injustice vis à vis des confidences de tes patients ?


 

Je reçois les confidences de mes patients comme un véritable cadeau qu'ils me font en m’accordant leur confiance.

Spécialisée dans les traumas, bien entendu qu'il y’a des injustices immenses pour certains mais je suis d'orientation humaniste, j’ai foi dans les ressources de mes patients pour rebondir face aux drames de leurs vies.

Quand ils me remercient de mon aide, de mon accompagnement je leur dis que je suis juste un éclaireur pour mettre en lumière le potentiel qu'ils ont à l’intérieur.


 

Sur ton profil, on peut lire la mention "praticienne accréditée emdr europe", peux-tu nous expliquer ce que cela signifie ?


 

Praticienne accréditée emdr europe est un gage de formation continue permanente et de supervisions individuelles et de groupe.

Pour être accréditée nous présentons suite à notre niveau 2 de formation emdr une cinquantaine de situations et une vidéo.

Emdr france valide notre vidéo et c est emdr europe qui fera une deuxième validation.

L’accréditation est valable seulement 5 ans et elle est soumise à revalidation tous les 5 ans sous conditions d avoir effectué un certain nombre de formations par an et d’être supervisée dans sa pratique en individuel et groupe.

Cela signifie que nous poursuivons des études en continu, nous nous tenons informés des recherches régulièrement, assistons à des journées d’études à thèmes et faisons évoluer l’art de la pratique de l’emdr.

Car l’emdr n’est pas un outil, une technique, c’est une psychothérapie à part entière qui nécessite de travailler avec un sens clinique aiguisé, d’être créatif et très présent vis à vis de ses patients pour les accompagner.


 

Un grand merci à toi d’avoir répondu à toutes ces questions, Carine. Aurais-tu quelque chose à ajouter ?


 

Oui, un grand MERCI à toi de m'amener à réfléchir, partager sur ce sujet qui est un vrai malaise sociétal.


 

Mais je finirai en te disant que je n‘ai pas pour habitude d’étiqueter, que ce soit le burn out, la dépression, les phobies, les tocs, les addictions et autres. Ce qui compte c’est que la personne soit entendue, reconnue, validée dans sa souffrance. Qu’elle soit accueillie pour l’aider à être plus présente à elle même, plus connectée. «Oui, je n’arrive pas à dire non», «Oui, je ne peux pas», «je ne supporte pas que ce soit un autre qui gère ce dossier», «Oui, je me sens débordée»

La pire des choses serait qu'elle soit jugée dans sa traversée tourmentée.

Souvent elle ne peut pas faire autrement que ce qu’elle fait, cela demande du temps d'acceptation avant de changer des patterns comportementaux.

Et pour conclure je dirai que chacun fait comme il peut!

 

Tag(s) : #psychologie-psychanalyse
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